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« Femmes au foyer » de Kady Traoré : un regard sensible sur les réalités invisibles du quotidien

Avec Femmes au foyer, la réalisatrice burkinabè Kady Traoré propose une œuvre centrée sur la vie de femmes dont le travail domestique reste souvent ignoré, minimisé ou considéré comme allant de soi. À travers une narration ancrée dans le quotidien, cette production met en lumière les tensions, les sacrifices, mais aussi les forces silencieuses qui structurent la cellule familiale.

Mettre en récit celles qu’on ne voit pas

Dans Femmes au foyer, Kady Traoré s’intéresse à des trajectoires féminines rarement placées au premier plan. Le film (ou la fiction) explore la charge mentale, la dépendance économique, les attentes sociales et les arbitrages personnels auxquels font face les femmes qui consacrent leur temps au foyer.

Sans tomber dans la caricature, l’histoire donne chair à des personnages complexes, partagés entre devoir, désir d’autonomie et quête de reconnaissance. Le

 foyer devient ainsi un espace dramatique à part entière, lieu de solidarité, de conflit, d’usure et parfois de renaissance.

Une approche sociale ancrée dans le contexte local

Fidèle à son style, Kady Traoré inscrit son récit dans un environnement social reconnaissable : dynamiques familiales élargies, pression communautaire, poids des normes de genre, rapport au mariage et à la respectabilité. Le propos dépasse le simple portrait individuel pour interroger une organisation sociale où le travail domestique féminin soutient l’économie informelle et formelle sans réelle valorisation.

Les dialogues et les situations font écho à des réalités largement partagées dans les sociétés ouest-africaines : dépendance financière, arbitrage entre activité professionnelle et obligations familiales, jugements portés sur les femmes selon leur statut matrimonial.

Entre critique et valorisation

L’intérêt de Femmes au foyer tient dans son équilibre : l’œuvre ne se limite pas à une dénonciation. Elle montre aussi les compétences, l’intelligence pratique, la résilience et la capacité d’organisation de ces femmes. Le foyer y apparaît non seulement comme un espace de contrainte, mais aussi comme un lieu de pouvoir discret et de savoir-faire. La réalisatrice pose ainsi une question centrale : comment reconnaître la valeur du travail invisible ?

Une contribution au cinéma social burkinabè

En donnant la parole à des figures souvent absentes des récits héroïques, Kady Traoré enrichit le paysage audiovisuel burkinabè d’un regard social engagé. Femmes au foyer s’inscrit dans une démarche de cinéma utile, accessible et ancré dans les réalités, qui invite au débat sur la place des femmes, la répartition des rôles et la reconnaissance du travail domestique.

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